Écrans tactiles au volant : un accident sur trois pourrait être lié à la distraction, selon Allianz

Par Index Assurance. Actualité mise à jour le 23 octobre 2026. Rubrique : Actualités de l'assurance automobile

Le Centre technique d’Allianz (AZT) publie une vaste étude sur la distraction dans les voitures connectées. Écrans tactiles, menus à rallonge et smartphones pèseraient bien plus lourd dans la sinistralité que ne le montrent les statistiques officielles. Les conducteurs français ne font pas exception.

Un risque largement sous-estimé

Présenté lors de l’Allianz Motor Day 2026, le rapport « Swipe. Tap. Crash. » s’appuie sur un programme de recherche d’une ampleur inédite pour l’AZT. Il comprend l’analyse de plus de 34 000 accidents corporels, des tests en conditions réelles avec suivi du regard, une étude sur simulateur avec l’Université technique de Munich, une modélisation cognitive et une enquête menée auprès d’environ 1 200 conducteurs dans chacun des neuf pays étudiés.

Le constat est net. Dans la base allemande d’accidentologie GIDAS, la distraction n’apparaît comme cause officielle que dans 1,4 % des accidents corporels. Un examen au cas par cas fait monter ce chiffre à 5 %, puis à 13,1 % si l’on ajoute des indices comme l’absence de freinage ou de manœuvre d’évitement. En croisant ses travaux avec la littérature scientifique, l’AZT estime que la distraction pourrait contribuer à un accident sur trois.

Quelques secondes qui changent tout

À 50 km/h, une voiture parcourt près de 14 mètres par seconde. Trois secondes passées à chercher un morceau ou une destination sur l’écran représentent donc plus de 40 mètres parcourus sans regarder la route. À 100 km/h, la distance dépasse 80 mètres.

Or les interfaces modernes allongent ces temps de regard. Selon l’AZT, changer de station de radio demandait deux manipulations et un coup d’œil de 2 à 3 secondes au milieu des années 2000. Sur un modèle comparable aujourd’hui, il faut quatre étapes et jusqu’à 5 à 10 secondes.

La conception de l’interface compte autant que le conducteur. Sur deux citadines électriques récentes, le temps total de regard détourné variait jusqu’à 25 % d’un véhicule à l’autre pour les mêmes tâches. La saisie de texte se révèle la manipulation la plus exigeante. Le geste de glisser-déposer est le plus long à réaliser.

Plus dangereux que l’alcool ?

La modélisation cognitive réalisée avec la société Cognibit apporte le résultat le plus frappant. Elle compare un conducteur attentif, un conducteur distrait et un conducteur alcoolisé à 0,8 g/l, soit le seuil du délit en France. Lors d’un freinage d’urgence sur autoroute, la part de collisions passe de 18,2 % chez le conducteur attentif à 54,3 % chez le conducteur distrait. Sur route de campagne, le conducteur distrait franchit la ligne médiane dans 5,4 % des simulations, ce que ne fait jamais le conducteur alcoolisé. Dans les quatre scénarios testés, la distraction s’est révélée plus dangereuse que l’alcool. Les études montrent qu’au-delà d’environ deux secondes de regard détourné, le risque d’accident augmente nettement.

Les conducteurs français : peu d’accidents déclarés, mais un vrai malaise

L’enquête offre un éclairage précis sur les habitudes des automobilistes français.

  • 80 % estiment que les technologies embarquées ont aggravé la distraction ces dernières années. La moyenne des neuf pays est de 79 %.
  • 38 % déclarent avoir vécu au moins une situation critique (freinage brusque, quasi-accident ou collision) en manipulant l’écran tactile au cours des trois dernières années.
  • Seuls 12 % disent avoir causé ou co-causé un accident sur la même période. C’est le taux le plus bas des neuf marchés, contre 26 % au Brésil.
  • 81 % considèrent que réduire la distraction relève d’abord de leur propre responsabilité. Ce taux est élevé, mais c’est le plus faible de l’enquête.
  • 32 % reconnaissent écrire des messages sur leur téléphone tenu en main, au moins occasionnellement, en conduisant. 20 % rapportent une situation critique liée à cet usage. Ces deux chiffres font partie des plus bas de l’étude.

L’attachement aux commandes physiques est un enseignement marquant. 66 % des Français souhaitent retrouver des boutons et molettes pour certaines fonctions. Chez les 18-25 ans, ce taux grimpe à 82 %, le score le plus élevé toutes tranches d’âge et tous pays confondus. Le rejet du « tout tactile » n’est donc pas une affaire de nostalgie.

Côté sanctions, 53 % des Français soutiennent des amendes plus lourdes. 38 % sont favorables à une limitation technique des commandes complexes lorsque le véhicule roule.

Quelles conséquences pour l’assurance auto ?

Pour Allianz, la distraction transforme la nature même des sinistres. Les accidents de distraction sont surtout des collisions par l’arrière et des sorties de route, souvent sans aucune réaction du conducteur. Ils touchent davantage les jeunes de 18 à 25 ans et les plus de 65 ans. Pour l’assureur, l’enjeu va au-delà de la tarification : il s’agit de prévenir les accidents plutôt que d’en indemniser les conséquences.

Le rapport appelle donc à agir sur trois fronts :

  1. Les constructeurs doivent rendre les fonctions essentielles (essuie-glaces, feux, warnings, désembuage) accessibles sans quitter la route des yeux. L’Euro NCAP récompense d’ailleurs ces choix depuis 2026.
  2. Les pouvoirs publics doivent mesurer la distraction de façon systématique. Le rapport juge aussi les seuils d’alerte trop tardifs. Ce sont ceux des systèmes de détection obligatoires sur les voitures neuves vendues en Europe depuis juillet 2026.
  3. Les conducteurs doivent traiter un coup d’œil à l’écran avec le même sérieux qu’un verre avant de prendre le volant.

Source : Allianz Center for Technology, « Swipe. Tap. Crash. Driver distraction in the digital car », Allianz Motor Day 2026.


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